Islam and Sci-Fi Interview of Dr. Ayed Kawthar (French)

7Jun - by Muhammad Aurangzeb Ahmad - 1 - In Academic Literature Arabic SF Interview

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Ayed Kawthar is a Tunisian academic whose area of research is Arabic Science Fiction. Her PhD dissertation was also in Arabic Science Fiction. Since her primary languages are Arabic and French so we interviewed Dr. Kawthar in French. This also marks the first time that we are posting an interview in a language other than English. We will be posting an English translation of the interview shortly.

M. Aurangzeb Ahmad: Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de la façon dont vous vous êtes intéressée à la science-fiction arabe ?

Dr. Ayed Kawthar: Très jeune j’ai découvert avec mon frère ainé  la série SF de Nabil Farouk éditée en Egypte depuis les années 80 “Milaff Al-Mustakbal” (Volet Anticipation) qui portait d’ailleurs à l’époque dans son quatrième de couverture une référence claire à la science-fiction  (Khayal Ilmi). Et c’est pour la première fois dans l’histoire du genre qu’une série soit éditée tous les mois, ensuite tous les trois mois en mentionnant que c’est de la science-fiction. J’ai été passionnée par cette série. Aujourd’hui nous avons un rayon dans notre bibliothèque dédié à ces textes du premier numéro jusqu’au dernier.

Un peu plus tard, au lycée j’ai participé à un concours d’écriture d’un texte théâtral et j’ai proposé une scénette de science-fiction  où l’on retrouve un extraterrestre qui veut détruire la terre car l’être humain est cruel et sanguinaire et qu’il ne méritait pas la vie parce qu’il passe son temps à faire des guerres et à détruire la terre. Mais deux scientifiques cherchent à le convaincre que malgré tout l’espoir existe et que l’homme finirait par prendre conscience des ravages qu’il a causés. J’ai eu le premier prix et j’ai pu réaliser moi-même la mise en scène avec des moyens très simples.

Il a fallu attendre des années après pour faire le choix de mener à l’Université de Sousse en Tunisie des recherches sur la SF bien que j’avais beaucoup de mal à convaincre mes professeurs. J’ai du me battre pour leur montrer à quel point cette littérature est riche et multidisciplinaire. En obtenant une bourse du gouvernement français, j’ai fait mon doctorat à Aix-en-Provence sous la direction du professeur Roger Bozzetto à qui je dois énormément de choses.  Ma thèse portait sur l’expression de la crise et le désenchantement moderne dans le monde occidental et arabe, une étude comparée qui interroge les textes d’anticipation dystopiques sur leurs visions du monde, sur cette dialectique entre le politique, le social, la science et la littérature.

M. Aurangzeb Ahmad: Quels genres de thème peut on principalement trouver dans la science-fiction arabe et comment ces thèmes ont-ils évolué au cours du temps ?

Dr. Ayed Kawthar: L’anticipation est le genre majeur avec ses deux ramifications utopique et dystopique. D’ailleurs, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème nous retrouvons des textes d’anticipation utopiques en Egypte, au Lyban et en Syrie, cet élan anticipatoire a continué à alimenter des textes des années durant. Najib Mahfoudh avec sa pièce “Le monde Inconnu” ancre l’anticipation au cœur d’une réflexion philosophique profonde du monde. Nihed Sherif, le pionnier de la SF arabe, fera de l’anticipation un choix d’écriture. Nabil Farouk en fera un phénomène éditorial, quoique avec la série “Volet d’anticipation” le schisme a été créé entre grande littérature et paralittérature à cause de la qualité médiocre de l’édition.  Mais c’est avec cet écrivain que l’on passe de l’anticipation au space-opéra et à l’utopie militaire défensive.

Nous retrouvons  quelques traces d’uchronies comme “ET si Hannibal revenait” de l’auteur tunisien Hedi Thebet et “Retour à Grenade à travers Sagittarius” de l’auteur marocain Khaled Yaaboudi . La hard SF n’a pas vraiment été développée par les auteurs arabes.

M. Aurangzeb Ahmad: Le Printemps arabe a-t-il eu un impact sur la science-fiction et la fiction spéculative dans le monde arabe ?

Dr. Ayed Kawthar: A priori oui, mais pas dans le bon sens. La production SFA a beaucoup diminué, la collection Egyptienne s’est arrêtée, pas de textes à ma connaissance qui s’inspirent du “printemps arabe” peut être justement parce qu’il n’en est pas un et qu’il s’agit d’une époque de détresse et non de prospérité.

M. Aurangzeb Ahmad: Comment voyez-vous le futur de la science-fiction dans le monde arabe ?

Dr. Ayed Kawthar: La SF connaîtra un véritable âge d’or si les sociétés s’engagent sur la voie d’un vrai progrès tant scientifique qu’humain. Ceci est tributaire de la situation actuelle. Mais nous devons faire des efforts pour la valoriser et l’introduire dans l’enseignement dans la mesure où elle permet de développer l’esprit créatif et le sens critique. L’espoir est là.

M. Aurangzeb Ahmad: Quels auteurs contemporains de science-fiction arabe recommanderiez-vous de lire pour avoir une meilleure vision du genre ?

Dr. Ayed Kawthar: Je recommanderai Nihed Sherif et Nabil Farouk d’Egypte, Lina Keilani et Taleb Umran de la Syrie, Tiba AL-Ibrahim du Kuweit, Hedi Thebet de la Tunisie, Khaled yaaboudi du Maroc et il y en a certainement bien d’autres dont les productions sont intéressantes.

Quels travaux de science-fiction arabe traduits en langues occidentales comme l’anglais, le français, l’espagnol, l’allemand, etc recommanderiez-vous de lire ?

Dr. Ayed Kawthar: De ce que j’en sais, je peux citer quelques  textes qui ont été traduits en français.

  • “Utopia” de l’auteur Egyptien Khaled Tawfik
  • “Les temps ténébreux” de l’auteur Syrien Taleb Umran
  • des nouvelles de SF tunisiennes et égyptiennes que j’ai traduites en français et qui ont été publiées dans la revue
  • Galaxie n°43 qui a été consacrée à la science-fiction arabe
  • http://www.galaxies-sf.com/sommaire.php?id_revue=47

M. Aurangzeb Ahmad: Le développement de certaines régions du Golfe comme Dubai, le Quatar, Abu Dhabi, etc a été décrit comme étant la concrétisation d’une dystopie de science-fiction. Est-ce que les pays du Golfe écrivent de la science-fiction en arabe ?

Dr. Ayed Kawthar: A vrai dire, après le fameux “printemps arabe” beaucoup de textes deviennent difficiles d’accès; mais ce que je sais d’après mes lectures, que la SF a été présente dans certains pays du Golf. Tiba Al-Ibrahim du Koweït a écrit une excellente trilogie féministe sur le clonage qui permettra à la femme de venger des siècles d’exploitation pour mettre fin à l’existence de l’homme. La femme pourrait se cloner à l’infini et n’aurait plus besoin de l’homme pour perdurer et enfanter. C’est une dystopie mais qui est traversée d’un souffle révolutionnaire et critique. Ashraf Ehsen el-Fakih de l’Arabie Saoudite a écrit pas mal de nouvelles de science-fiction. Je pense qu’il devrait y avoir bien d’autres auteurs mais dont j’ignore l’existence. Je termine par une chose: les premiers colloques sur la SFA ont lieu en Syrie, à Damas. En Tunisie, une réunion extraordinaire d’auteurs et de critique a eu lieu au siège de l’ALECSO en 2009 et cette année, en mai (3/4) on aura un colloque universitaire sur la science-fiction arabe destinées aux enfants. Ce genre de rencontre permet d’en savoir plus.

 

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